Lors de la fondation de la « Fédération des médecins suisses » le 15 décembre 1901, l’euphorie n’était pas au rendez-vous, au contraire. À l’assemblée constitutive, l’ambiance n’était pas à la fête, car les membres présents étaient tout à fait conscients que le corps médical aurait d’importants défis à relever. Les procès-verbaux de l’époque s’en font l’écho : « Nous, médecins suisses, sommes désormais organisés et prêts à relever les tâches difficiles qui nous attendent [1]. »
Inspirée par le monde politique
Pour sa structure, la nouvelle organisation forte d’environ 1800 membres s’est délibérément inspirée du système politique suisse. Composée de délégués des sociétés cantonales de médecine, la Chambre médicale faisait office de « Conseil des États des médecins » tandis que la Commission médicale nouvellement instituée assurait l’exécutif, bénéficiant ainsi de plus de prérogatives que le comité qu’elle remplaçait. La jeune organisation avait pour vocation de défendre les intérêts professionnels des médecins sans être une simple instance consultative, mais en agissant de manière unie face au monde politique et au grand public [2, 3].
Au début, malgré cette feuille de route, les ambitions naissantes de la nouvelle association restaient modestes : la FMH ne disposait pas de ressources financières propres et les décisions de la Chambre médicale n’étaient pas contraignantes pour les sociétés cantonales de médecine [3]. À cette époque, l’autonomie cantonale primait sur une organisation nationale, limitant ainsi son pouvoir d’action.
Premières structures et tâches croissantes
Au cours des deux premières décennies qui ont suivi sa fondation, la FMH a commencé progressivement à consolider sa structure organisationnelle, tout en franchissant une étape importante en 1920 avec le lancement du Bulletin des médecins suisses qui devint son organe officiel [4]. Avec cette revue lancée pour remplacer la « Correspondenz-Blatt für Schweizer Ärzte » qui n’avait qu’un lien distant avec la FMH, la fédération disposait pour la première fois de son propre journal, lui permettant de communiquer ses prises de position et d’atteindre les médecins dans les quatre coins de la Suisse.
Dans la foulée, la FMH a également étendu son offre de services. En 1924, elle a inclus dans ses rangs la Vereinigung selbstdispensierender Ärzte der Schweiz (association des médecins dispensateurs) devenue entretemps le syndicat chargé de défendre les intérêts économiques des médecins [5]. Cette intégration lui a permis d’offrir pour la première fois des prestations collectives à ses membres, telles que des réductions sur les achats groupés, une protection juridique ou des services de recouvrement.
Pression économique et réalité politique
Les années 1920 se sont révélées difficiles sur le plan économique pour les médecins. Inflation, hausse du taux de chômage et augmentation du nombre de patients affiliés à des caisses-maladie n’ont fait qu’accroître la pression. Les négociations tarifaires avec les caisses se sont elles aussi intensifiées et les différences cantonales en matière d’honoraires étaient de plus en plus perçues comme une menace pour la politique professionnelle. Au vu du contexte, il était clair que la forme organisationnelle trop peu structurée de la FMH était insuffisante pour défendre efficacement les intérêts de ses membres.
La révision statutaire de 1928
En réponse à ces évolutions, la FMH a décidé en 1928 de procéder à une révision fondamentale de ses Statuts, marquant un tournant dans l’histoire de la fédération : les décisions de la Chambre médicale sont devenues contraignantes pour tous les membres, et les sociétés cantonales de médecine se sont statutairement engagées à les appliquer [4]. En parallèle, tout médecin résidant en Suisse et membre d’une société cantonale de médecine devait s’affilier à la FMH et s’acquitter d’une cotisation de membre.
Suite à cette réforme, la FMH a délaissé son statut de fédération de façade pour devenir une organisation professionnelle centrale, en mesure d’agir et susceptible de resserrer les rangs, ce à quoi elle s’est attachée pour pouvoir parler d’une seule voix dans les questions tarifaires ou de politique professionnelle.
Réglementation uniforme de la formation
La réglementation de ce qu’on appelait la « question des spécialistes » a marqué la fin de cette première phase de consolidation. En 1931, la Chambre médicale a pris une décision habilitant la FMH à introduire une réglementation uniforme pour la formation postgraduée et à définir les exigences requises pour faire état d’un titre de spécialiste [6]. Pour obtenir le sésame, il fallait justifier d’une période d’assistanat de deux à quatre ans dans la discipline concernée et être membre de la FMH. Aucune attestation des compétences ni aucun examen de spécialiste n’étaient requis. Les plaintes qui ont suivi ont rapidement remis en cause la qualité des spécialistes qui, à partir de 1939, ont dû attester des compétences [7]. L’examen de spécialiste, mis en place depuis longtemps à l’étranger, n’a été introduit à l’échelle nationale qu’en 1992 [8].
En prenant ainsi les rênes de la formation médicale postgraduée, la FMH a évité la prolifération de réglementations cantonales disparates. Inversement, le catalogue des spécialisations a donné naissance à différents conflits : par exemple avec les médecins qui se déclaraient spécialistes en tuberculose, alors que la FMH ne délivrait aucun titre pour cette spécialisation. Le procès-verbal de la réunion du Comité central de 1931 relève à ce sujet : « Nous devons aujourd’hui établir le principe selon lequel nous reconnaissons les spécialisations non pour des maladies individuelles, mais pour des groupes de maladies. La tuberculose n’est pas une spécialisation [9]. »
L’introduction d’un système de formation pour toute la Suisse a durablement renforcé l’influence de la FMH et largement contribué à consolider son statut d’organisation nationale. Cette étape marque également la transition vers une nouvelle phase au cours de laquelle les questions de formation postgraduée, de spécialisation et d’assurance qualité ont pris une place prépondérante dans le travail de la fédération.
Passage à une nouvelle ère
Entre 1901 et 1931, la FMH est passée d’une fédération en devenir, sans structure encore clairement affirmée, à une ororganisation professionnelle aux décisions contraignantes pour toute une profession. Sa fondation, la mise en place progressive de structures, la création d’un organe de publication, la multiplication des services proposés, la refonte des Statuts et la réforme de la formation postgraduée ont jeté les bases sur lesquelles la fédération s’est ensuite développée avec succès.
La mise sous toit en 1931 de la réglementation encadrant la formation médicale signe la fin d’une première phase de structuration. Les nouvelles décennies pouvaient venir, il était désormais possible de répondre aux nouveaux défis et de s’adapter aux évolutions qu’elles ne manqueraient pas d’apporter.
Les articles consacrés aux 125 ans de la FMH se basent sur les recherches de l’Institut d’histoire de la médecine de l’Université de Berne : Bürgin D, Hächler S. 125 Jahre FMH – Ein
Ärzteverband im steten Wandel, 2026. Accessible (en allemand) à l’adresse : https://www.img.unibe.ch/forschung/online_publikationen/index_ger.html