Après la réforme structurelle de 1987, la FMH reposait sur des bases organisationnelles plus solides. Mais alors que la fédération se consolidait en interne, les défis se sont déplacés vers l’extérieur. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, la pression politique sur le système de santé s’est accentuée. L’évolution des coûts, la planification hospitalière et l’organisation des soins ont pris une place croissante dans le débat public. Responsables politiques, assureurs et cantons ont alors cherché à se doter de nouveaux moyens pour mieux piloter et réguler le système.
À cette même époque, les structures tarifaires montraient leurs premières faiblesses, ouvrant la voie pour des travaux de mise à plat. À partir de 1986, une révision globale des tarifs médicaux et du catalogue des prestations hospitalières a été entreprise avec la participation de divers acteurs du secteur de la santé. Ces travaux ont jeté les bases des solutions nationales ultérieures et ont montré très tôt que le système en place avait atteint ses limites.
La loi sur l’assurance-maladie, un tournant
L’entrée en vigueur de la loi sur l’assurance- maladie (LAMal) en 1996 a radicalement changé le cadre général. Le libre choix du médecin a été remis en question par l’arrivée de nouveaux modèles d’assurance, tels que le Managed Care, et l’organisation des soins a été davantage réglementée.
Ensuite, le développement d’un nouveau système tarifaire visant une harmonisation nationale dans le but, à terme, de remplacer les négociations tarifaires cantonales a coupé l’herbe sous le pied des sociétés cantonales de médecine qui perdaient ainsi l’une de leurs missions principales.
Pression sur les structures existantes
Les réformes ne se sont pas limitées au financement et à l’organisation de la prise en charge médicale. Elles ont également touché les conditions d’exercice de la profession. À ces évolutions s’ajoutait l’intégration européenne croissante, qui soulevait de nouvelles questions pour les professions médicales, notamment avec la libre circulation des personnes. Il devenait dès lors nécessaire d’élaborer une nouvelle base légale pour ces professions, englobant également la formation postgraduée et la spécialisation.
La FMH risquait ainsi de perdre l’un de ses principaux instruments : le contrôle des titres de spécialiste. Ce « monopole » avait largement contribué au degré élevé d’organisation atteint par le corps médical. Son transfert à l’État aurait affaibli un facteur important de cohésion, avec en corollaire un risque de fragmentation de la défense des intérêts.
Entre intérêts et responsabilité
Au cours de cette période, la FMH a profondément réfléchi sur son propre rôle. Historiquement, elle s’était positionnée comme représentante des intérêts de la profession, mais elle était en même temps active dans des domaines tels que la formation postgraduée, l’assurance qualité et la déontologie.
Cette double fonction était de plus en plus remise en question. Certaines voix critiques se demandaient si une fédération professionnelle pouvait à la fois représenter des intérêts économiques et se poser en garante de la qualité et des standards éthiques. On pouvait par exemple lire en 1994 dans le Bulletin des médecins suisses : « La question mérite toutefois d’être posée dès aujourd’hui : une même fédération professionnelle peut-elle élaborer des directives éthiques, prendre position sur des questions de politique de santé au nom du corps médical, faire de la qualité son mot d’ordre et, dans le même temps, défendre les revenus des médecins et se mobiliser contre des pertes financières imminentes ? Une telle organisation professionnelle estelle crédible ? » (trad. FMH, 2026) [1].
Dans ce contexte, différentes pistes de réforme ont été discutées au début des années 1990. Une séparation plus nette entre les missions de politique professionnelle et la défense des intérêts économiques devait renforcer la crédibilité de la FMH et la positionner comme partenaire de la Confédération [2].
Différentes adaptations structurelles ont également été examinées, telles qu’une réorganisation du statut des membres, voire une obligation d’affiliation inscrite dans la loi. Il s’agissait de préserver le niveau d’organisation du corps médical tout en consolidant le rôle de la FMH dans le système de santé. Ces approches n’ont toutefois pas été mises en oeuvre ; la FMH a préféré adapter progressivement ses structures existantes et renforcer sa position institutionnelle [3].
Appels au changement
Les années de 1987 à 1996 marquent une phase de réorientation. Dans un environnement en mutation rapide, la FMH devait clarifier sa place et son rôle, entre défense des intérêts, régulation et assurance qualité.
Face à ces appels au changement, la FMH a adopté une position contrastée : elle a ouvertement discuté de questions fondamentales concernant son propre rôle, tout en ne faisant évoluer ses structures que par étapes. Elle a ainsi adopté une approche pragmatique qui a assuré la continuité sans bouleverser fondamentalement les structures existantes.
En 1996, la loi sur l’assurance-maladie a ouvert une nouvelle ère. Les années suivantes allaient révéler à quel point ces réformes marqueraient les activités de la FMH, de la mise en place des tarifs à l’organisation de la prise en charge médicale.
Les articles consacrés aux 125 ans de la FMH se basent sur les recherches de l’Institut d’histoire de la médecine de l’Université de Berne : Bürgin D, Hächler S. 125 Jahre FMH – Ein
Ärzteverband im steten Wandel, 2026. Accessible (en allemand) à l’adresse : https://www.img.unibe.ch/forschung/online_publikationen/index_ger.htm