L’âge moyen des médecins en Suisse est de 50 ans et un quart est âgé de 60 ans ou plus. Parmi les 44 612 médecins en exercice, 48 % sont des femmes (Tab. 1). Par rapport à l’année précédente, le nombre total de médecins a augmenté de 2010, soit une hausse de 5 %. Globalement, la densité médicale, avec 4,2 équivalents plein temps (EPT) pour 1000 habitants, est comparable à celle des pays voisins. Toutefois, la faible densité de médecins de premier recours (0,9 EPT pour 1000 habitants) indique une situation tendue. De même, la part de médecins formés à l’étranger qui atteint 43 % et se situe bien au-dessus de la moyenne de 20 % observée dans les pays de l’OCDE [1] met en évidence la pénurie de personnel qualifié.
Alors que la part des femmes parmi les médecins en formation postgraduée atteint 60 %, elle diminue à mesure que le niveau hiérarchique augmente (Fig. 1) : cheffes de clinique (54 %), médecins adjointes (36 %) et médecins-cheffes (20 %). Selon le « Glass Ceiling Index » de l’Université de Saint-Gall [2], qui mesure l’écart entre la représentation des femmes et des hommes dans les fonctions de cadres intermédiaires et supérieurs, le secteur de la santé est celui où le plafond de verre est le plus marqué pour les femmes. Avec une valeur de 4,8, le corps médical se classe au dernier rang, derrière les assurances (3,4) et les banques (2,6). Une valeur de 1 correspondant à la parité.
À partir d’un certain niveau hiérarchique, la progression des femmes médecins semble se heurter au phénomène de la « leaky pipeline », autrement dit à une sous-représentation croissante aux niveaux supérieurs de la hiérarchie. Parmi les facteurs explicatifs figurent notamment des structures qui compliquent la conciliation entre vie professionnelle et vie privée, ainsi que des processus de promotion peu transparents. Des modèles flexibles, comme le partage de poste, une culture de travail respectueuse et une plus grande transparence dans l’attribution des postes à responsabilité contribuent à accroître la part des femmes [3]. Des programmes tels que « Coach my Career » lancé par la FMH et « Aiming Higher » proposé par l’Université de Saint-Gall aident les jeunes femmes médecins à planifier leur carrière de manière ciblée, tout en renforçant leurs compétences personnelles et leurs réseaux.
43 % des médecins exerçant en Suisse ont suivi leurs études de médecine et obtenu leur diplôme à l’étranger. Au cours des dernières années, la part de médecins étrangers a augmenté de manière continue (Fig. 2). En 2015, elle était encore de 32 %. Les médecins formés à l’étranger sont à l’origine de 86 % de la croissance du corps médical en Suisse (statistiques de l’OCDE sur la santé 2025 : « Contribution des médecins formés à l’étranger à la croissance des effectifs de médecins » [1]). Au sein de l’OCDE, la Suisse figure parmi les pays où la proportion de médecins formés à l’étranger est la plus élevée [1].
En 2023, la Suisse enregistrait 13,8 nouveaux diplômés en médecine humaine pour 100 000 habitants. Bien qu’en hausse depuis 2010, ce chiffre reste inférieur à la moyenne de l’OCDE, qui s’élève à 14,3. En 2025, 3272 diplômes de médecin étrangers et 1533 titres de spécialiste étrangers ont été reconnus. Parmi les médecins ayant obtenu un titre fédéral de spécialiste en 2025, 52 % étaient titulaires d’un diplôme de médecin étranger.
Les médecins veulent de plus en plus exercer à temps partiel et dans des cabinets de groupe. En 2015, 56 % des médecins travaillaient en cabinet individuel, contre seulement 39 % aujourd’hui. Ces dernières années, le taux d’activité a connu une baisse régulière. Il est passé de 8,9 demi-journées en moyenne par semaine en 2015 à 8,6 aujourd’hui. Cela correspond néanmoins encore à un temps de travail hebdomadaire d’environ 43 heures, soit un plein temps dans d’autres professions. Les médecins de premier recours exerçant en cabinet rapportent une charge de travail élevée, des capacités limitées [4, 5] et un important investissement en temps pour les tâches administratives [6]. Avec en moyenne 0,9 EPT pour 1000 habitants, la force de travail en médecine ambulatoire de premier recours est inférieure à celle des spécialistes exerçant en ambulatoire (1,2 EPT pour 1000 habitants). Pour les soins dispensés dans les hôpitaux, 2 EPT pour 1000 habitants sont disponibles.
L’augmentation de la bureaucratie accroît la pression au quotidien et réduit le temps disponible pour la prise en charge des patients. Selon l’enquête annuelle menée auprès du corps médical par l’institut de recherche gfs.bern sur mandat de la FMH, les médecins envisagent de plus en plus souvent de quitter le système de santé [7]. Cette part s’élève à 19 % parmi les médecins en formation postgraduée, à 18 % parmi les médecins exerçant en ambulatoire (cabinets médicaux) et à 10 % parmi les médecins hospitaliers.
La part des personnes âgées augmente, tandis que le nombre de personnes en âge de travailler recule. Il deviendra plus difficile d’augmenter encore, parmi la population en âge de travailler, le nombre et la part des personnes actives dans le domaine de la santé et des soins, sans mettre en péril les emplois dans d’autres secteurs [8]. Le recrutement de professionnels de santé à l’étranger rend le système de santé vulnérable et soulève également des questions éthiques [8]. Pour répondre à la demande croissante de prestations de soins et maintenir les médecins dans la profession, une stratégie à plusieurs volets est nécessaire. Le nombre de places d’études en médecine et de postes de formation postgraduée doit continuer à augmenter. Une meilleure répartition des tâches, une intégration plus étroite des soins infirmiers et un recours ciblé à la technologie permettent une utilisation plus efficace des ressources humaines. La FMH sensibilise les politiques et le public aux conséquences de la pénurie de médecins, s’engage en faveur de la réduction des tâches administratives et plaide pour moins de microréglementation, pour une numérisation utile et des conditions de travail attrayantes.
En 1901, année de fondation de la FMH, 1989 médecins étaient enregistrés ; aujourd’hui, ils sont bien plus nombreux. La densité médicale a elle aussi fortement évolué : de 1,65 médecin pour 1000 habitants à l’époque à environ 4,9 (personnes, et non équivalents plein temps) aujourd’hui. Parallèlement, l’espérance de vie en Suisse est passée en moyenne de 48 à 84 ans. Cette évolution témoigne de la professionnalisation et du développement de l’offre de soins, que la FMH accompagne depuis 125 ans. Depuis des décennies, la statistique médicale de la FMH fournit une base de données centrale : relevée de manière systématique et continuellement mise à jour, elle constitue un outil indispensable à la planification de l’offre de soins dans le système de santé de notre pays.
La statistique médicale de la FMH est établie en fin d’année (jour de référence : 31 décembre). La banque de données de la FMH (n = 44 612) recense les principales caractéristiques de la démographie médicale : âge, sexe, nationalité et lieu d’exercice. Les données concernant l’activité professionnelle (taux d’activité, structure des cabinets, etc.) sont recueillies au moyen d’un questionnaire sur le portail des membres myFMH. En 2025, l’échantillon myFMH contenait les données de plus de 22 245 médecins. Les indicateurs mettent en lumière le corps médical dans un cadre temporel global.