FMH, organisation professionnelle
 

Excès de bureaucratie et pénurie de personnel

Alors que le nombre de professionnels de santé en exercice se réduit, les tâches administratives ne cessent de croître. Et lorsqu’il y a moins de médecins et que ceux-ci doivent consacrer plus de temps aux tâches administratives, ce sont les patients et la motivation professionnelle qui en pâtissent.
Carlos Quinto

Carlos Quinto​​​​​​​
Dr méd., membre du Comité central de la FMH, spécialiste en médecine interne générale

La pénurie de personnel qualifié n’est pas une nouveauté en médecine ; cela fait des décennies que la Suisse forme un nombre insuffisant de médecins. Aujourd’hui, elle touche plus particulièrement des disciplines comme la médecine interne générale, la pédiatrie, la psychiatrie d’enfants et d’adolescents et la psychiatrie adulte, où même les collègues arrivant de l’étranger ne suffisent plus à répondre à la demande. Et il faut s’attendre à ce que d’autres disciplines viennent s’y ajouter.

Une pénurie pourtant annoncée
En 2008 déjà, l’Observatoire suisse de la santé (Obsan) publiait un rapport sur la situation, avec plusieurs scénarios démographiques prévisionnels jusqu’en 2030. Les données de l’étude Workforce réalisée tous les cinq ans par le Centre universitaire de médecine de famille des deux Bâle sont sans équivoque : si des mesures avaient été prises dès 2009, la situation aurait pu s’améliorer à partir de 2021. Mais en 2011, dans le cadre de sa stratégie visant à lutter contre la pénurie de médecins, le Conseil fédéral avait estimé que 1200 à 1300 nouveaux diplômés par an suffiraient à couvrir les besoins. Une erreur de calcul monumentale dont nous faisons les frais aujourd’hui.

Une profession en mal d’attractivité
L’augmentation de la charge administrative impacte fortement le temps consacré aux patients et la motivation à exercer. De nombreux médecins encore en formation postgraduée songent à mettre fin à leur carrière et leurs collègues plus âgés sont de moins en moins disposés à pratiquer au-delà de l’âge de la retraite. Nos jeunes collègues continuent malgré tout à s’investir et à travailler de longues heures pour un salaire qui n’est pas en adéquation avec leurs journées à rallonge. Mais si, pour exercer la médecine, il faut passer encore moins de temps auprès des patients, leur travail n’aura plus de sens et ils finiront par perdre leur motivation et, à juste titre, par quitter la profession.

Des mesures exhaustives s’imposent
Former plus de médecins implique non seulement de créer plus de places d’études dans les universités et de mettre à disposition les ressources financières nécessaires, mais aussi de disposer de suffisamment de formatrices et de formateurs, de locaux dans les facultés et de postes de formation postgraduée dans les hôpitaux et les cabinets médicaux pour un enseignement au plus près des patients. Les contenus et les conditions de travail pendant la formation postgraduée doivent également être largement améliorés. Pour cela, de meilleures conditions- cadres s’imposent pour la formation postgraduée dans les hôpitaux mais aussi dans le secteur ambulatoire, qui revêt toujours plus d’importance.

Numériser les tâches administratives nécessaires
Afin de pouvoir gérer plus efficacement les tâches administratives nécessaires, il est urgent de mettre en place une numérisation conviviale offrant une réelle plus-value et une meilleure compatibilité entre les systèmes informatiques des cabinets médicaux et des cliniques. Le recours à la numérisation et à l’intelligence artificielle ne permettra toutefois pas de résoudre les tâches administratives inutiles qui ne profitent ni aux patients ni à la qualité des soins, car celles-ci doivent tout bonnement être réduites ou supprimées. La numérisation et l’intelligence artificielle ne peuvent pas donner du sens à ce qui n’en a pas ; elles ne peuvent qu’en démultiplier l’absurdité. En période de pénurie de médicaments par exemple, les restrictions dans la liste des spécialités rendent la prise en charge médicale chaque jour plus difficile et ce n’est pas une meilleure numérisation qui résoudra le problème.

La charge administrative, un problème général
La charge administrative n’affecte bien évidemment pas uniquement le secteur de la santé. Le rapport Draghi de septembre 2024 aborde ce problème à l’échelle européenne selon une perspective macroéconomique et politique. Mario Draghi y demande une réduction de la charge administrative d’au moins 50 % pour les PME, y compris pour les cabinets médicaux, et d’au moins 25 % pour les grandes entreprises, telles que les hôpitaux. Les acteurs concernés, en l’occurrence les fournisseurs de prestations, doivent être plus étroitement impliqués dans ce processus.

La FMH s’engage contre la bureaucratie et pour plus de personnel qualifié
La FMH s’engage en faveur d’un allègement des tâches administratives pour le corps médical, de façon à garder les médecins dans la profession et à libérer du temps pour les patients. À court terme, c’est la seule façon d’atténuer quelque peu la pénurie actuelle, dans l’attente que les mesures exhaustives et indispensables visant à renforcer la formation prégraduée et postgraduée déploient leurs effets. À plus long terme, il s’agira à la fois de réduire les tâches administratives et d’augmenter le nombre de personnes formées afin d’assurer une couverture suffisante en soins de santé de qualité.

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